La Banque centrale européenne a lancé un avertissement sévère : la croissance économique future du continent dépend de manière critique de l'immigration pour compenser le vieillissement de sa population.
Un nouveau rapport de la Banque centrale européenne révèle que la croissance de l'emploi, portée par l'immigration et les travailleurs plus âgés, a représenté la moitié de la croissance économique de la zone euro depuis le troisième trimestre 2023, soulignant la dépendance du continent vis-à-vis d'une nouvelle main-d'œuvre pour contrer le déclin démographique.
« Les migrations et les avancées technologiques sont donc essentielles pour aider à atténuer l'impact économique du vieillissement de la population », ont écrit les économistes de la BCE dans le rapport publié mercredi.
Entre 2021 et 2025, les migrants ont ajouté 4,2 millions de travailleurs à la population active de la zone euro, faisant passer leur part de 8 % à 10 %. Le rapport note également qu'une part accrue d'Européens plus âgés restent en activité, une tendance qui aide à soutenir la croissance mais qui a ses limites.
Le rapport arrive dans un contexte de montée du sentiment anti-immigration et de politiques frontalières plus strictes à travers l'Europe, créant ce que la BCE appelle une « incertitude significative autour des flux migratoires ». Cela place les perspectives de croissance à long terme du bloc à la croisée des chemins, entre des besoins économiques urgents et un paysage politique difficile.
Le frein démographique
Le cœur du problème auquel est confronté le bloc monétaire de 20 nations est bien connu des économies développées : les taux de fécondité durablement bas réduisent le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail. Le rapport de la BCE montre que si l'augmentation de la participation des travailleurs plus âgés a fourni un tampon temporaire, ce n'est pas une solution permanente.
Les données révèlent à la fois le potentiel et les limites de cette tendance. Les travailleurs âgés de 65 ans et plus ne représentent que 3 % de la population active de la zone euro. C'est nettement moins que les 7 % aux États-Unis et les 14 % au Japon, ce qui suggère qu'il y a encore de la marge. Cependant, les économistes préviennent que cela n'offre qu'une « compensation transitoire au frein démographique à plus long terme ».
L'histoire de deux continents
Alors que la BCE tire la sonnette d'alarme sur la nécessité future de l'immigration pour la croissance, des données économiques récentes provenant des États-Unis démontrent les coûts tangibles des politiques qui la restreignent. Une nouvelle étude des économistes Chloe East et Elizabeth Cox sur la répression de l'immigration par l'administration Trump a révélé que le renforcement des contrôles a eu un « effet dissuasif » qui a réduit l'emploi chez les immigrés sans-papiers d'un taux significatif de 4 %.
Crucialement, l'étude a révélé que cela n'a pas créé plus d'emplois pour les travailleurs nés aux États-Unis. En fait, cela a nui à leurs perspectives. La recherche, citée par NPR, a conclu que pour chaque tranche de six travailleurs sans-papiers en moins sur un marché local, un travailleur né aux États-Unis en moins était employé. Cela suggère que les travailleurs immigrés et autochtones sont souvent complémentaires et non substituables, en particulier dans des secteurs comme la construction où la main-d'œuvre immigrée est cruciale pour que les projets soient approuvés, ce qui crée en retour des emplois pour les superviseurs, électriciens et plombiers nés dans le pays.
Le rapport de la BCE souligne implicitement cette dynamique. Pour que la zone euro continue de croître, elle a besoin de travailleurs pour occuper des emplois qu'une population autochtone en déclin ne peut pas assumer. Si l'immigration devait diminuer, la seule source alternative de croissance serait une augmentation de la productivité, provenant probablement de l'automatisation et de l'IA — une perspective que les économistes de la BCE qualifient de « loin d'être certaine ».
Pour la zone euro, le rapport montre clairement que l'immigration n'est pas seulement une question politique, mais une composante fondamentale de son avenir économique.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.