Une division marquée est apparue entre deux des plus importants décideurs économiques au monde concernant les retombées financières du conflit en Iran, signalant une profonde incertitude pour les marchés mondiaux.
La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a directement contesté la vision optimiste de la secrétaire au Trésor américain, Mme Bessette, selon laquelle les conséquences économiques de la guerre en Iran seraient de courte durée, un désaccord qui menace une réponse coordonnée du G7 à la crise.
« L'impact sera durable », a déclaré Lagarde à Bessette et à d'autres responsables du G7 lors d'une visioconférence le 30 mars, selon des personnes proches du dossier. Elle a directement réfuté l'idée que les perturbations, y compris la fermeture effective du détroit d'Ormuz, seraient temporaires en raison de l'ampleur des destructions.
Plus tôt lors de la réunion, Bessette avait minimisé les dommages causés par des semaines de combats au Moyen-Orient, qualifiant les retombées d'événement transitoire. Cet échange vif souligne une fracture croissante au sein du G7 sur la manière d'évaluer les risques inflationnistes et économiques découlant du conflit, qui a déjà affecté les voies de navigation mondiales.
Ce désaccord public entre deux des dirigeants économiques les plus puissants du monde peut effrayer les marchés, suggérant l'absence d'une réponse coordonnée du G7 face à une crise majeure. Cela pourrait accroître la volatilité des actions et des matières premières, en particulier le pétrole, et peut conduire à des politiques monétaires divergentes alors que les banques centrales évaluent différemment les risques inflationnistes.
Un point de passage stratégique pour le pétrole mondial
Le détroit d'Ormuz est un point de passage critique pour le marché mondial de l'énergie. Environ 21 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers transite par le détroit, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie. Une fermeture prolongée, ou même la perception d'une telle fermeture, peut avoir un impact dramatique sur les prix du pétrole. La dernière fois que le détroit a été confronté à une menace militaire significative, les contrats à terme sur le Brent ont bondi de plus de 15 % en quelques jours.
Les inquiétudes de Lagarde se concentrent sur la destruction physique des infrastructures, qui ne peuvent être réparées rapidement. Cela suggère un choc d'offre qui pourrait persister pendant des mois, voire des années, alimentant l'inflation mondiale. Si la BCE considère le choc comme plus permanent, elle pourrait être contrainte de maintenir une politique monétaire plus restrictive (hawkish) pour lutter contre l'inflation, même si la croissance économique ralentit. En revanche, si la Réserve fédérale, guidée par l'approche plus optimiste du Trésor, voit le choc comme temporaire, elle pourrait être plus encline à ignorer le pic inflationniste et envisager un assouplissement de sa politique pour soutenir la croissance.
Des trajectoires divergentes, de la volatilité sur les marchés
Ce potentiel de trajectoires divergentes des banques centrales est une recette pour la volatilité sur les marchés des changes, en particulier le taux de change euro-dollar. Le désaccord complique également toute réponse diplomatique ou économique unifiée du G7. Sans consensus sur la gravité de l'impact économique, il devient nettement plus difficile de s'accorder sur des mesures telles que des sanctions, une aide financière ou l'utilisation de réserves stratégiques de pétrole.
Pour les investisseurs, la rupture entre Lagarde et Bessette est une source majeure d'incertitude. Elle assombrit les perspectives d'inflation, de taux d'intérêt et de croissance économique. Le sentiment baissier devrait persister jusqu'à ce qu'il y ait plus de clarté sur la durée du conflit et l'étendue des dommages, ou jusqu'à ce que le G7 présente un front plus uni.
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