Les ménages français se sont montrés plus pessimistes en mai alors que la guerre en Iran a fait grimper les prix de l'énergie, entraînant la confiance des consommateurs à son plus faible niveau en trois ans.
La confiance des consommateurs français est tombée à son plus bas niveau en trois ans en mai, prolongeant une baisse amorcée après le déclenchement du conflit iranien, qui a fait bondir les coûts énergétiques et accru l'incertitude parmi les ménages. L'indicateur mensuel de sentiment de l'INSEE, l'institut national de la statistique français, a reculé pour le troisième mois consécutif, sous la médiane des estimations d'une enquête Bloomberg auprès des économistes.
« La hausse persistante des prix de l'énergie érode le pouvoir d'achat et pèse sur le moral des ménages français », a déclaré Julien Manceaux, économiste senior chez ING. « La transmission du choc géopolitique au comportement des consommateurs est désormais pleinement visible dans les données. »
L'indice est tombé sous les niveaux observés lors du pic de la crise énergétique de la zone euro fin 2022, lorsque la guerre en Ukraine avait propulsé les prix du gaz naturel à des sommets historiques. À cette époque, les dépenses des ménages français s'étaient contractées pendant deux trimestres consécutifs avant qu'un programme gouvernemental de subventions aux carburants n'aide à stabiliser le moral. Le déclin actuel a été plus marqué, l'indice chutant plus rapidement sur trois mois que lors de la crise de 2022.
La faiblesse de la confiance des consommateurs menace de ralentir la reprise économique française, les dépenses des ménages représentant environ 55 % du produit intérieur brut. Les prix de l'énergie devant rester élevés tant que le conflit iranien persiste, les économistes de BNP Paribas estiment que la croissance du PIB français pourrait ralentir de 0,3 point de pourcentage au second semestre 2026.
Les coûts énergétiques asphyxient les ménages
La détérioration du moral a été la plus prononcée parmi les ménages à faibles revenus, qui consacrent une plus grande part de leur budget au carburant et au chauffage. Les prix de l'essence en France ont augmenté d'environ 15 % depuis le début de l'année, selon les données du ministère français de la Transition écologique, les perturbations de l'approvisionnement en pétrole brut en provenance du Moyen-Orient ayant propulsé le Brent au-dessus de 90 dollars le baril.
Le choc inflationniste vient s'ajouter aux vents contraires qui pèsent déjà sur l'économie française. Le taux de dépôt principal de la Banque centrale européenne, maintenu à 4 % depuis septembre 2024, continue de freiner l'emprunt et l'investissement, même si l'économie de la zone euro montre des signes timides de reprise. Les données PMI manufacturier de la France pour mai, attendues plus tard cette semaine, devraient rester en territoire de contraction à 47,5, selon une enquête Bloomberg auprès des économistes.
Les rendements des obligations d'État françaises ont légèrement reculé mardi, les données moroses sur le moral renforçant les attentes selon lesquelles la BCE pourrait devoir accélérer ses baisses de taux plus tard cette année. Le rendement de l'OAT à 10 ans a cédé 4 points de base à 3,12 %, tandis que l'euro a cédé 0,3 % face au dollar à 1,0820 $, les swaps de taux au jour le jour intégrant une probabilité de 65 % d'une baisse des taux lors de la réunion de septembre de la BCE, contre 48 % il y a un mois.
Parallèles historiques et réponse politique
La dernière fois que la confiance des consommateurs français s'est trouvée à des niveaux comparables, c'était en novembre 2022, lorsque la zone euro était confrontée à des prix du gaz naturel supérieurs à 200 euros par mégawattheure. À l'époque, le gouvernement français avait déployé environ 45 milliards d'euros de subventions énergétiques sur six mois, ce qui avait contribué à restaurer la confiance à des niveaux d'avant la crise d'ici la mi-2023.
Le ralentissement actuel diffère par sa cause — des perturbations de l'offre en provenance du Moyen-Orient plutôt qu'une coupure du gaz russe par pipeline — mais le mécanisme économique est similaire. Les ménages français sont confrontés à des coûts plus élevés pour le transport, le chauffage et l'alimentation, car la flambée des prix de l'énergie se répercute sur les chaînes d'approvisionnement. L'indice des prix à la consommation de l'énergie en France a augmenté de 8,2 % sur un an en avril, soit le rythme le plus rapide depuis début 2023.
La trajectoire de la confiance des consommateurs français dépendra fortement de l'évolution du conflit iranien. Si les prix de l'énergie se stabilisent ou baissent, le moral pourrait se redresser au second semestre. Cependant, toute escalade supplémentaire qui pousserait les prix du pétrole à la hausse risque d'aggraver le ralentissement. Le gouvernement français a signalé qu'il pourrait étendre les subventions aux carburants si le Brent reste au-dessus de 100 dollars le baril pendant une période prolongée, selon une personne proche du dossier.
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