L'Iran a entamé vendredi les rites funéraires de l'ayatollah Ali Khamenei, quatre mois après que le guide suprême a été tué dans une frappe aérienne le jour de l'ouverture de la guerre américano-israélienne, alors que le régime mobilise entre 15 et 20 millions de personnes attendues en signe de résilience politique.
« L'appel de la nation à la vengeance doit retentir aux oreilles du monde entier », a déclaré jeudi Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur nucléaire, appelant à une mobilisation massive. Les cérémonies, retardées depuis février en raison de préoccupations sécuritaires, se déroulent désormais sous une trêve provisoire avec les États-Unis et Israël.
Le corps de Khamenei reposera au complexe de la Grande Mosalla de Téhéran jusqu'à lundi, avant que les processions ne se rendent dans la ville sainte chiite de Qom, puis à Machhad, où l'inhumation au sanctuaire sacré de l'imam Reza est prévue le 9 juillet. D'autres cérémonies sont prévues dans les villes irakiennes de Nadjaf et de Kerbala. La sécurité reste renforcée, les forces paramilitaires Basij tenant des points de contrôle et les températures dépassant les 35 degrés Celsius.
Ces funérailles marquent un moment crucial pour la succession à la tête de l'Iran et la stabilité régionale. Khamenei, qui a gouverné pendant trois décennies, détenait l'autorité finale sur toutes les affaires de l'État, y compris le programme nucléaire iranien et la politique d'exportation pétrolière. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 21 % du commerce pétrolier mondial, reste un point chaud — Téhéran a menacé à plusieurs reprises d'y perturber le trafic durant le conflit. Les négociations américano-iraniennes ont été suspendues pour la période des funérailles, et l'administration Biden a fait preuve de prudence, des informations suggérant que les États-Unis envisagent de retirer leurs troupes d'Arabie saoudite alors que les liens bilatéraux se tendent.
Les marchés pétroliers sous tension
Le brut Brent intègre une prime de risque soutenue depuis la frappe aérienne du 28 février, les traders surveillant toute escalade durant la période des funérailles. La dernière fois qu'un haut dirigeant iranien a été tué lors d'une frappe étrangère — l'assassinat en janvier 2020 du commandant de la force Qods, Qassem Soleimani — le Brent a grimpé de plus de 3 % lors de la séance suivante avant de reculer. Le conflit actuel, qui implique des opérations militaires directes américano-israéliennes contre l'Iran, représente une escalade bien plus significative.
L'or a attiré des flux refuge, tandis que les valeurs du secteur de la défense à l'échelle mondiale ont surperformé les indices boursiers généraux depuis le début de la guerre. Le VIX, mesure de la volatilité attendue des actions américaines, est resté élevé, au-dessus de sa moyenne historique de 20 pendant une grande partie de la période de conflit.
Incertitude sur la succession
Les funérailles servent également de tribune aux dirigeants iraniens pour afficher leur unité face à un processus de succession opaque. Mojtaba, le fils de Khamenei, a été largement évoqué comme successeur potentiel, bien qu'aucune annonce officielle n'ait été faite. Le régime a consolidé son pouvoir depuis mars, selon les évaluations des services de renseignement américains, mais la période de transition crée une incertitude quant à la posture nucléaire de l'Iran et sa volonté de poursuivre les négociations.
Pour les marchés, la question clé est de savoir si la période des funérailles se déroulera sans nouvelles hostilités. Tout incident militaire durant les cérémonies — qui rassemblent des millions de personnes dans des espaces publics concentrés — pourrait déclencher une nouvelle flambée des prix du brut et un mouvement général de retrait vers des actifs refuge sur les marchés émergents.
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