La guerre en Iran, qui dure depuis deux mois, remodèle radicalement la performance des actifs mondiaux, poussant le pétrole brut Brent à la hausse de 49 % tandis que les actions américaines grimpent à des records historiques. Une analyse de la Deutsche Bank souligne ces gains, qui contrastent vivement avec la sous-performance des marchés européens et une chute de plus de 10 % de l'or, défiant le rôle traditionnel de métal refuge en période de conflit.
« Cette divergence met en évidence une réaction complexe au conflit, où l'indépendance énergétique est devenue un moteur principal de performance », selon l'analyse de Jim Reid, stratège à la Deutsche Bank.
La réaction inter-actifs a été brutale. Les contrats à terme sur le Brent ont dépassé les 111 dollars le baril, tandis que l'or et l'argent ont tous deux chuté de plus de 10 %. Sur les marchés boursiers, le S&P 500 a atteint de nouveaux records, tandis que dans le compartiment obligataire, le rendement de l'obligation d'État britannique à 10 ans a grimpé de 74 points de base, reflétant de larges craintes inflationnistes.
Cette dynamique inhabituelle suggère que si les investisseurs intègrent un choc énergétique important, la perspective d'une inflation durable force un réajustement des attentes en matière de taux d'intérêt qui l'emporte actuellement sur la peur géopolitique. La direction du marché dépend désormais de la question de savoir si les effets inflationnistes du conflit forceront les banques centrales à adopter une posture plus agressive, alors même que les efforts diplomatiques pour rouvrir le détroit d'Ormuz semblent être dans l'impasse.
Le pétrole en tête, mais pour combien de temps ?
Le pétrole est le gagnant incontesté depuis le début du conflit le 28 février. Le prix du Brent, la référence internationale, a grimpé de 49 % en deux mois, avec des gains de près de 17 % sur la seule semaine dernière, selon Reuters. Cette envolée est la conséquence directe de la fermeture effective du détroit d'Ormuz, un point de passage critique pour l'approvisionnement énergétique mondial. Cependant, le rapport de la Deutsche Bank note que les contrats à terme à six mois pour le Brent ne sont en hausse que de 25 %, ce qui indique que « les investisseurs définissent encore actuellement ce pic des prix de l'énergie comme un choc temporaire ».
Ajoutant une nouvelle donne à la dynamique de l'offre à long terme, les Émirats arabes unis ont annoncé mardi qu'ils quitteraient l'OPEP à compter de mai 2026. Les analystes voient dans cette décision le signal que les Émirats, troisième producteur du cartel, ont l'intention d'augmenter librement leur capacité de production une fois que le conflit actuel se sera calmé, ce qui pourrait fragmenter l'influence du groupe.
Le conte de deux marchés boursiers
La guerre a créé une divergence claire sur les marchés boursiers mondiaux. En tant qu'exportateur net d'énergie, les États-Unis ont vu leurs principaux indices prospérer. Le S&P 500 et le Nasdaq ont tous deux établi de nouveaux records, portés en partie par un puissant rallye des valeurs technologiques début avril. En revanche, la plus grande dépendance de la zone euro aux importations d'énergie a fait de ses actifs un sous-performeur significatif, une tendance exacerbée par l'affaiblissement de l'euro.
Le rapport a également souligné la force surprenante de l'indice sud-coréen KOSPI, qui a enregistré un rendement total depuis le début de l'année de plus de 58 % en monnaie locale, constituant un autre point lumineux au milieu des turbulences géopolitiques.
L'énigme de l'or
L'anomalie la plus significative de ce conflit a peut-être été la mauvaise performance des métaux précieux. L'or et l'argent ont tous deux décliné de plus de 10 % depuis le début de la guerre, un mouvement qui va à l'encontre de décennies de précédents où les crises géopolitiques renforçaient leur attrait en tant que valeurs refuges.
L'analyse de Reid propose deux explications à ce comportement inhabituel. Premièrement, les deux métaux se négociaient près de leurs sommets historiques avant le conflit, ce qui les rendait vulnérables à un repli. Deuxièmement, et plus critiquement, la flambée des prix de l'énergie a ravivé les craintes d'inflation, amenant les marchés à anticiper une trajectoire de hausse des taux d'intérêt plus agressive de la part des banques centrales. Comme les métaux précieux n'offrent aucun rendement, leur attrait diminue par rapport aux obligations à mesure que les taux d'intérêt réels augmentent.
Les marchés obligataires mondiaux ont chuté brutalement en réponse à ces pressions. Au cours des deux derniers mois, le rendement des obligations d'État à 10 ans a augmenté de 74 points de base au Royaume-Uni, 47 en France, 40 aux États-Unis et 39 en Allemagne, reflétant une réévaluation généralisée des risques inflationnistes et budgétaires.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.