Selon le secrétaire à la Défense des États-Unis, un nombre record de navires a transité par le détroit d'Ormuz le 31 mars, un développement surprenant qui tranche avec les récentes perturbations dans cette voie navigable vitale et survient alors que Washington appelle ses alliés à accroître leur rôle dans la région.
La situation place les grands importateurs d'énergie dans une position difficile, les forçant à équilibrer leur propre sécurité énergétique avec des alignements géopolitiques plus larges. L'ambassadeur M K Bhadrakumar, ancien diplomate indien, a déclaré que l'Inde devrait garder toutes ses options ouvertes plutôt que de « rester un gardien au service de l'Amérique d'abord de Trump ».
Le détroit gère près de 20 % du commerce mondial de pétrole, et les récentes restrictions de transit imposées par l'Iran ont injecté une volatilité significative sur les marchés de l'énergie. Les contrats à terme sur le pétrole américain ont clôturé à 102,88 dollars le baril le 30 mars. Cette voie d'eau est une route d'exportation clé pour les producteurs du Golfe vers l'Asie, et toute perturbation a un impact immédiat sur les prix du pétrole et les taux de fret.
L'enjeu est la libre navigation du point de passage pétrolier le plus important au monde. Alors que les États-Unis poussent pour une présence internationale plus large afin de sécuriser les voies maritimes, l'Iran maintient que le détroit reste ouvert aux « nations amies », créant un test géopolitique complexe pour des pays comme l'Inde qui dépendent à la fois de l'énergie du Golfe et d'une relation stable avec Washington.
## L'Inde navigue sur une corde raide diplomatique
L'Inde surveille de près la situation, sa marine étant déployée près des ports clés pour fournir une assistance. Le gouvernement de New Delhi a confirmé que quatre navires transportant du gaz de pétrole liquéfié (GPL) sont déjà arrivés en toute sécurité en Inde après avoir traversé le détroit. Les autorités ont déclaré qu'environ 20 navires battant pavillon indien avec environ 540 membres d'équipage opèrent actuellement en toute sécurité dans le golfe Persique.
Ce succès opérationnel intervient dans un contexte diplomatique tendu. Les autorités américaines auraient approché l'Inde pour invoquer l'accord LEMOA (Logistics Exchange Memorandum of Agreement), un pacte fondamental qui donne à l'armée américaine l'accès aux bases indiennes pour la logistique. Washington semble positionner New Delhi pour un rôle plus important dans son plan de sécurité régionale, une décision qui pourrait compromettre la capacité de l'Inde à sécuriser de manière indépendante ses propres cargaisons énergétiques, que l'Iran a jusqu'à présent laissées passer.
## Le marché se prépare à une volatilité continue
Les signaux mitigés provenant de la région continuent de peser sur les marchés mondiaux de l'énergie. La flambée des prix du carburant a déjà démontré sa capacité à impacter directement les consommateurs, comme on l'a vu lorsque les prix nationaux de l'essence aux États-Unis ont dépassé les 4 dollars le gallon en 2022 suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Les perturbations aux points de passage maritimes critiques comme Ormuz, le canal de Suez ou le détroit de Malacca peuvent forcer les navires à emprunter des routes plus longues et plus coûteuses, augmentant les primes d'assurance et les délais de livraison. Bien que les responsables américains affirment qu'un nombre record de navires passent actuellement, la menace sous-jacente de fermeture ou d'accès restreint signifie qu'une prime de risque est susceptible de persister dans les prix du pétrole brut, affectant les chaînes d'approvisionnement mondiales et les prévisions d'inflation.
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