Les États-Unis proposent de réduire les règles de capital jusqu'à 7.7%
Les régulateurs fédéraux américains ont dévoilé un plan de refonte de la supervision bancaire, proposant des réductions significatives du capital que les banques sont tenues de détenir contre les pertes potentielles. Les changements proposés réduiraient les exigences de capital pour les plus grandes institutions financières de 4.8% en moyenne, les grandes banques régionales voyant une baisse de 5.2% et les banques avec moins de 100 milliards de dollars d'actifs recevant une réduction de 7.7%. Cela marque une victoire significative pour les lobbyistes bancaires qui ont fait pression pendant des années pour assouplir les réglementations établies après la crise financière de 2008.
L'initiative, menée par la vice-présidente de la supervision de la Réserve fédérale, Michelle Bowman, vise à créer ce qu'elle appelle « une réglementation plus efficace et des banques mieux positionnées pour soutenir la croissance économique ». Cette mesure représente un net revirement par rapport à une proposition de 2023 qui aurait augmenté le capital global de 16%, et elle s'aligne sur l'argument de l'industrie bancaire selon lequel des règles plus strictes étouffent les prêts et la compétitivité.
Moody's avertit que des règles plus souples sont "négatives pour le crédit"
En réponse à la proposition, Moody's Ratings a publié un rapport déclarant que la nouvelle philosophie réglementaire était "négative pour le crédit" pour le secteur bancaire américain. L'agence de notation soutient qu'encourager activement une prise de risque accrue est intrinsèquement préjudiciable aux créanciers bancaires, surtout lorsqu'elle n'est pas assortie de tampons de capital plus élevés et de contrôles internes robustes. Le rapport a déclaré que si permettre aux banques d'innover est essentiel pour concurrencer des entités moins réglementées comme les fonds de crédit privés, le faire sans un cadre de gestion des risques adéquat augmente considérablement le profil de risque d'une banque.
Cet avertissement intervient alors que le marché du crédit privé moins réglementé montre des signes de tension, les principaux fonds ayant récemment limité les retraits des investisseurs. Moody's a mis en garde contre le fait que l'accent mis par les régulateurs sur le risque financier plutôt que sur les procédures internes pourrait entraîner des contrôles plus faibles au sein des banques, augmentant la vulnérabilité du système aux turbulences économiques.
Le virage par rapport à Bâle III suscite des craintes pour la compétitivité mondiale
La proposition américaine marque un net écart par rapport au cadre Bâle III, convenu à l'échelle mondiale, qui a été conçu pour éviter une répétition de la crise de 2008. En démantelant efficacement des composantes clés comme le "plancher de sortie" pour le capital de risque de marché, les États-Unis poussent les groupes commerciaux européens à suivre le mouvement. La Fédération bancaire européenne a noté que le recul des États-Unis rendait "plus urgent que jamais de revoir le cadre de l'UE pour préserver la compétitivité".
Cette dynamique a suscité des craintes d'une nouvelle concurrence internationale pour déréglementer. Dennis Kelleher, PDG du groupe de défense Better Markets, a averti que la proposition américaine "allumerait inévitablement une autre course mondiale à la déréglementation". Cette mesure sape un pilier de l'architecture financière post-crise et remet en question le rôle traditionnel des États-Unis dans la promotion de normes mondiales plus strictes.