Les coûts d'emprunt atteignent des sommets pluriannuels en raison des craintes d'inflation
Les craintes de détérioration budgétaire et d'inflation persistante, exacerbées par un « choc iranien » qui a fait grimper les prix de l'énergie, ont provoqué l'une des ventes mensuelles les plus sévères d'obligations d'État de la zone euro en près d'une décennie. Cette chute a poussé le rendement des obligations d'État italiennes à 10 ans à 4,14 %, un niveau jamais atteint depuis la mi-2024. La pression de vente s'est étendue à l'ensemble du bloc, le rendement français à 10 ans ayant atteint 3,9 % pour la première fois depuis 2009 et le rendement espagnol s'approchant de 3,7 %, un niveau vu pour la dernière fois fin 2023. Cette réévaluation abrupte reflète les inquiétudes des investisseurs selon lesquelles les gouvernements seront contraints de prendre des mesures de dépenses coûteuses pour protéger les consommateurs, alors même que l'inflation croissante pousse la Banque Centrale Européenne à envisager de nouvelles hausses de taux d'intérêt.
Les gouvernements confrontés à un espace budgétaire limité pour les subventions
Les nations de la zone euro réagissent au choc des prix de l'énergie avec des engagements budgétaires variés, contraintes par des budgets déjà mis à rude épreuve par les crises précédentes. Le parlement espagnol a approuvé un paquet de 5 milliards d'euros pour réduire la TVA sur l'énergie, tandis que l'Italie a promulgué une réduction temporaire de 20 % des droits d'accise sur le carburant, pour un coût de 417 millions d'euros. En revanche, la France a évité les subventions à grande échelle, son gouvernement citant un déficit budgétaire élevé de 5,1 % du PIB et déclarant n'avoir « pas de tirelire dans laquelle puiser ». Cela contraste fortement avec la réponse à la crise énergétique de 2021-2023, lorsque les gouvernements européens ont alloué un total de 651 milliards d'euros pour la protection des consommateurs. L'OCDE a averti que les nouvelles mesures « exacerberont davantage les pressions budgétaires » auxquelles la plupart des gouvernements sont déjà confrontés, signalant une capacité de soutien budgétaire nettement moindre cette fois-ci.
Les écarts de rendement obligataires s'élargissent à mesure que le risque de stagflation se profile
La tourmente sur le marché obligataire a inversé le rétrécissement des écarts de rendement entre l'Allemagne et les États membres plus endettés. La prime des obligations italiennes à 10 ans par rapport à leurs homologues allemandes s'est élargie de 0,6 à près de 1,0 point de pourcentage depuis le début du conflit. Bien que cet écart reste inférieur au pic de 3,0 points de pourcentage observé pendant la pandémie, les analystes mettent en garde contre une escalade des risques. Selon Tomasz Wieladek, stratégiste macroéconomique européen en chef chez T Rowe Price, les investisseurs se préparent à une période de faible croissance et d'inflation élevée combinée à une augmentation des dépenses publiques. Un seuil de risque clé réside dans le rendement allemand à 10 ans, actuellement d'environ 3,1 % ; s'il dépasse 3,5 %, il pourrait pousser les coûts d'emprunt pour l'Italie et la France vers 5 %, un niveau où « la viabilité de la dette deviendra incertaine ».