Un vol clandestin à bord d'un jet royal a intensifié la rivalité diplomatique entre Taipei et Pékin sur la question de la reconnaissance internationale.
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Un vol clandestin à bord d'un jet royal a intensifié la rivalité diplomatique entre Taipei et Pékin sur la question de la reconnaissance internationale.

Le président taïwanais Lai Ching-te a achevé une visite de haute importance en Eswatini, le dernier allié de l'île en Afrique, défiant ce que Taipei appelle une campagne de « coercition économique » chinoise qui avait forcé l'annulation de son voyage initial un mois plus tôt.
« Le peuple taïwanais a le droit de s'engager avec le monde. Nous ne reculerons pas face à la suppression », a déclaré Lai à son retour à l'aéroport international de Taoyuan le 5 mai, présentant ce voyage comme une affirmation de souveraineté face aux revendications de Pékin.
La visite initiale d'avril avait été annulée après que la Chine aurait fait pression sur Madagascar, Maurice et les Seychelles pour révoquer les droits de survol avec un préavis de seulement 12 heures. Ce voyage réussi de trois jours a été mené en secret, Lai voyageant à bord du jet personnel A340 du roi Mswati III d'Eswatini, l'un des 12 seuls chefs d'État à reconnaître formellement Taïwan. Le ministère chinois des Affaires étrangères a raillé la manœuvre, qualifiant Lai de « rat » s'étant « faufilé dans un avion étranger ».
Cet épisode souligne la stratégie intensifiée de Pékin pour isoler diplomatiquement Taïwan et la détermination de Taipei à y faire face, augmentant les tensions géopolitiques et forçant les petites nations à choisir leur camp. L'attention se porte désormais sur une éventuelle riposte économique ou militaire de la Chine, et sur la manière dont les autres nations gèrent la pression sur les liens diplomatiques, un point souligné par le département d'État américain, qui a qualifié Taïwan de partenaire « fiable et capable ».
La campagne de Pékin pour effacer la présence internationale de Taïwan est systématique, lui arrachant ses alliés et bloquant sa participation à des organismes mondiaux comme l'Organisation mondiale de la santé. Faire pression sur les nations africaines concernant l'accès à l'espace aérien constitue une escalade significative de ces tactiques. Selon des responsables taïwanais, la Chine a menacé d'annuler l'allégement de la dette des trois pays de l'océan Indien s'ils autorisaient le passage de l'avion de Lai.
Ce levier financier est puissant sur tout le continent. Dans un incident distinct quelques jours avant le voyage de Lai, une conférence internationale sur les droits de l'homme en Zambie a été annulée après que Pékin a fait pression sur le gouvernement pour exclure les militants taïwanais. La Zambie doit actuellement environ 6,6 milliards de dollars à l'État chinois et à des prêteurs commerciaux. Cette stratégie montre la volonté de Pékin d'utiliser sa puissance économique pour imposer son principe d'« Une seule Chine », qui considère Taïwan comme une province rebelle.
Le succès final du voyage de Lai a reposé sur l'aide du roi Mswati III, un monarque absolu qui règne sur l'Eswatini depuis 1986. Lai est retourné à Taïwan à bord du jet privé du roi, escorté par quatre chasseurs F-16 taïwanais. Lors de cette visite, Lai a signé un accord d'assistance douanière et visité des projets financés par Taïwan, notamment une réserve stratégique de pétrole conçue pour assurer au royaume un approvisionnement de 60 jours.
Cependant, cette alliance n'est pas sans controverse, un point souvent occulté dans le discours intérieur taïwanais. Le Parti démocratique progressiste (DPP) au pouvoir à Taïwan puise ses racines dans un mouvement pro-démocratie contre le régime à parti unique. Pourtant, il maintient une relation étroite avec un régime où les partis politiques sont interdits et où la dissidence est violemment réprimée. La défenseure des droits de l'homme Tanele Maseko, dont le mari activiste a été assassiné en Eswatini, a qualifié d'hypocrite le soutien de Taïwan à la monarchie. Elle soutient que Taïwan, tout en cherchant un soutien mondial pour sa propre démocratie, devrait se tenir aux côtés du peuple d'Eswatini, et non de son dirigeant autoritaire. Cette dynamique met en lumière les compromis difficiles que Taipei doit faire pour conserver ses quelques points d'ancrage diplomatiques restants.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.