Les constructeurs automobiles chinois transforment leur domination dans le secteur des hybrides rechargeables en une arme pour lancer un nouvel assaut sur le segment le plus rentable de Toyota : les véhicules hybrides classiques (HEV).
Une coalition de constructeurs chinois, dont Geely, Great Wall et Changan, lance une nouvelle génération de véhicules hybrides électriques (HEV) pour 2026. En s'appuyant sur les chaînes d'approvisionnement établies pour les hybrides rechargeables (PHEV), ils proposent des modèles intelligents à un coût inférieur de 15 à 20 % à celui de leurs rivaux japonais.
« On peut imaginer cela comme un hybride rechargeable doté d'une batterie spécifiquement conçue pour l'i-HEV », a déclaré Ren Xiangfei, scientifique en chef de l'ingénierie et de la technologie chez Geely, soulignant que les nouveaux modèles sont directement dérivés d'une technologie hybride électrique mature.
Cette initiative intervient alors que les ventes mondiales de HEV restent solides : Toyota en a vendu 4,43 millions l'an dernier et les ventes de HEV de Ford en Amérique du Nord ont bondi de 21,7 %. Les entreprises chinoises exploitent leur production massive de PHEV — la plateforme de Geely équipe déjà 1,15 million de voitures — pour créer des HEV dont le coût des composants (BOM) est inférieur de 10 000 à 20 000 ¥ à celui des PHEV comparables.
Cette stratégie menace directement les parts de marché d'acteurs historiques comme Toyota et Ford en combinant la faible consommation de carburant des HEV avec les technologies intelligentes et les architectures électroniques avancées, auparavant réservées aux PHEV et aux électriques. Elle cible un marché mondial de plus de 70 millions d'acheteurs de voitures traditionnelles.
De la domination du PHEV à la disruption du HEV
Au cours de la dernière décennie, les constructeurs chinois se sont presque exclusivement concentrés sur les véhicules 100 % électriques (EV) et les hybrides rechargeables (PHEV), poussés par des incitations gouvernementales et les progrès rapides des batteries. Le marché des HEV conventionnels, qui ne nécessitent pas de recharge externe, est donc resté largement dominé par les Japonais, Toyota en tête avec sa gamme Prius. Cette situation est en train de changer.
L'investissement massif dans les PHEV a créé une chaîne d'approvisionnement domestique robuste pour les systèmes de propulsion électrique, les transmissions hybrides (DHT) et les commandes électroniques. Les entreprises ont découvert qu'elles pouvaient reconfigurer ces plateformes PHEV existantes — principalement en réduisant la taille de la batterie — pour créer un HEV rentable. Le nouveau système i-HEV de Geely, par exemple, est une émanation directe de sa plateforme Leishen, qui a accumulé plus de 25 milliards de kilomètres de données de conduite réelle dans ses applications PHEV.
Cette « rétro-ingénierie » du PHEV vers le HEV permet des lancements de produits rapides et peu coûteux. Geely a annoncé que ses nouveaux modèles étaient immédiatement disponibles en prévente, avec l'objectif de convertir toute sa gamme thermique Geely Star au format HEV d'ici 2027. De même, le moteur hybride Blue Whale Super Engine de Changan, affichant une consommation urbaine testée de 2,98 L/100 km, est déjà déployé sur ses modèles phares.
Plus que de simples économies de carburant
La nouvelle vague de HEV chinois ne se contente pas de rivaliser sur les prix et l'efficacité énergétique. Elle change fondamentalement la définition du produit en intégrant des fonctionnalités de voiture intelligente moderne que les HEV japonais peinent à proposer.
Les HEV traditionnels de Toyota utilisent de petites batteries (1 à 2 kWh), suffisantes pour réduire la consommation mais inadéquates pour alimenter des équipements électroniques modernes comme de grands écrans d'infodivertissement, des systèmes avancés d'aide à la conduite (ADAS), ou même pour faire fonctionner la climatisation moteur éteint. À l'inverse, les constructeurs chinois équipent leurs HEV de batteries plus grandes et d'architectures électriques plus sophistiquées. Le nouveau HEV de GAC utilise une batterie de 5,4 kWh, tandis que l'i-HEV de Geely intègre l'architecture électronique GEEA 3.0 utilisée dans ses PHEV haut de gamme.
Cela permet à leurs HEV d'offrir des mises à jour à distance (OTA), des fonctions de conduite autonome de haut niveau et une technologie embarquée robuste, éliminant ainsi le compromis entre la commodité d'un hybride sans recharge et l'expérience intelligente d'un véhicule électrique. Pour les près de 50 % de consommateurs chinois n'ayant pas accès à une recharge à domicile, c'est une option inédite et séduisante.
Un défi mondial pour la forteresse Toyota
Si le marché intérieur est prometteur — les prévisions tablent sur une pénétration des HEV passant de 5 % à 8 % d'ici 2026 — le principal champ de bataille sera l'étranger. En 2025, les HEV étaient la catégorie de véhicules électrifiés la plus importante en Europe avec 35 % de parts de marché, tandis que les ventes américaines de HEV ont progressé de 26,6 %.
Les constructeurs chinois y voient une opportunité claire. Leurs HEV ne sont pas soumis aux tarifs douaniers prohibitifs que l'UE impose aux électriques chinoises (10 % pour les HEV contre jusqu'à 45,3 % pour les EV), ce qui les rend plus compétitifs. Des entreprises comme Great Wall Motor rivalisent déjà directement avec Toyota en Asie du Sud-Est et en Amérique latine avec des modèles comme le Haval H6 HEV.
Le défi pour les marques chinoises n'est pas le produit, mais la présence. Des décennies d'investissement ont permis à Toyota de bâtir un réseau mondial redoutable de concessions, de centres de service et une confiance de marque inégalée. Si Chery et Geely (via sa participation dans Proton en Malaisie) étendent leur empreinte, ils restent en retrait d'un ordre de grandeur. Le lancement de ces HEV avancés et bon marché est le ticket d'entrée ; construire l'image de marque et l'infrastructure de service pour rivaliser mondialement sera la guerre de longue haleine.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.