L'appel d'offres tant attendu pour l'éolien offshore en France va plus que quadrupler la capacité installée du pays et tester la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne en énergie propre.
L'appel d'offres français de 10 GW pour l'éolien offshore, réparti équitablement entre les technologies à fondations fixes et flottantes, permettra de tester si l'Europe peut étendre sa capacité d'énergie propre face à la hausse des coûts et aux vents politiques contraires.
"Cet appel d'offres représente une étape cruciale vers l'objectif français de 15 GW de capacité éolienne offshore d'ici 2035", a déclaré le ministère de l'Énergie dans un communiqué jeudi, ajoutant que l'appel à candidatures sera ouvert vendredi.
L'appel d'offres couvre 5 GW de parcs éoliens à fondations fixes, qui utilisent des turbines installées sur des fondations fixées au fond marin, et 5 GW de parcs éoliens flottants, qui placent les turbines sur des plateformes ancrées pour les eaux plus profondes. Les entreprises disposent de quatre mois pour soumettre leurs offres, les lauréats étant sélectionnés en février 2027. La France exploite actuellement moins de 2 GW de capacité éolienne offshore, tandis que la capacité totale de l'Europe s'élevait à un peu moins de 40 GW à la fin 2025, selon le groupe industriel WindEurope.
Le calendrier est politiquement significatif. La sélection des lauréats début 2027 permettrait au gouvernement du président Emmanuel Macron de finaliser les objectifs fixés par la loi de programmation énergétique de février avant l'élection présidentielle d'avril. Le Rassemblement national d'extrême droite, qui s'oppose à l'éolien offshore, est favori pour atteindre le second tour.
L'éolien flottant face à un test de coûts
La technologie de l'éolien flottant, bien qu'elle ouvre l'accès à des eaux plus profondes avec des vents plus forts et plus réguliers, entraîne des coûts plus élevés en raison des plateformes complexes, des systèmes d'ancrage et des travaux d'installation. L'allocation de 5 GW pour les projets flottants fait de cet appel d'offres l'un des plus importants au monde dans ce segment, offrant un modèle potentiel pour d'autres marchés. L'éolien à fondations fixes, technologie plus établie, bénéficie de coûts actualisés de l'énergie plus faibles — généralement de 40 à 60 dollars par MWh dans les eaux européennes, contre 100 à 150 dollars par MWh pour les premiers projets flottants, selon les références du secteur.
Les règles de la chaîne d'approvisionnement redessinent la concurrence
Le ministère français a indiqué que les turbines seront soumises aux règles européennes exigeant que la plupart ou la totalité des composants soient fabriqués en Europe. Les pièces fabriquées hors d'Europe seront soumises à des réglementations environnementales strictes. L'exigence de localisation profite aux fabricants de turbines européens tels que Siemens Gamesa et Vestas, tout en limitant l'exposition aux importations chinoises moins chères qui ont gagné des parts de marché ailleurs. Le mécanisme de contrat pour différence garantit aux opérateurs un prix convenu — l'État paie la différence lorsque les prix du marché tombent en dessous du prix d'exercice, et les opérateurs remboursent lorsque les prix dépassent ce seuil.
L'appel d'offres comprend également une disposition inédite : l'État français souhaite inciter à la maintenance des turbines lorsque les prix de l'électricité en France sont bas, afin de se prémunir contre les prix négatifs causés par un excès d'offre renouvelable. Cela reflète un défi croissant sur les marchés européens de l'électricité à mesure que la pénétration des énergies renouvelables augmente.
Pour les investisseurs, le programme de 10 GW crée un pipeline visible pour les fabricants et développeurs européens d'éoliennes. Siemens Gamesa, Vestas et l'unité d'énergie renouvelable d'EDF figurent parmi les entreprises en position de concourir. Le programme, combiné à l'objectif français de 15 GW d'ici 2035, offre une visibilité à long terme sur les revenus de la chaîne d'approvisionnement. Cependant, le risque d'exécution demeure : les projets éoliens offshore dans le monde ont été confrontés à l'inflation des coûts et à des annulations, y compris aux États-Unis sous l'administration Trump. La capacité éolienne offshore européenne, à un peu moins de 40 GW à la fin 2025 selon WindEurope, suggère que le continent doit à peu près doubler son rythme de construction pour atteindre les objectifs de 2030.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.