(P1) Un ralentissement de l'investissement dans la fabrication d'énergies propres, qui a chuté de 42 % par rapport à son sommet de 2023, crée une nouvelle phase plus protectionniste pour l'industrie solaire mondiale. Alors que les leaders mondiaux comme les États-Unis et la Chine se replient, la crise énergétique actuelle pousse les petites économies à accélérer les investissements solaires domestiques pour garantir la sécurité énergétique.
(P2) « L'éolien et le solaire ne peuvent pas être soumis à un embargo, bloqués ou arrêtés par une puissance étrangère », a écrit David Frykman, associé général du groupe de capital-risque Norrsken, pour Fortune. « Chaque térawattheure de production renouvelable domestique est un térawattheure qu'aucun adversaire ne peut militariser. »
(P3) La tendance au refroidissement est frappante. L'investissement mondial dans la fabrication de technologies propres est tombé à 155 milliards de dollars en 2025, contre son sommet de 2023, selon un rapport du Rhodium Group. La Chine, premier fabricant mondial de panneaux solaires, a vu ses investissements chuter de 70 % par rapport aux sommets de 2023. Cela fait suite à une explosion des exportations chinoises de cellules solaires, qui ont bondi de 60 % en glissement annuel en avril pour atteindre 3,12 milliards de dollars, bien que ce chiffre soit en baisse par rapport au record de mars, selon les données de Reuters.
(P4) Pour les investisseurs, cette divergence crée à la fois des risques et des opportunités. La montée des barrières commerciales en réponse à l'instabilité géopolitique peut profiter aux fabricants domestiques sur les marchés protégés, tout en nuisant aux entreprises dépendantes des importations chinoises. La question clé est de savoir si le boom des investissements dans les marchés émergents peut compenser le ralentissement aux États-Unis et en Chine, qui se retirent pour des raisons différentes : une correction du marché en Chine et une incertitude politique aux États-Unis.
La Grande Divergence
Le paysage mondial de l'énergie propre devient de plus en plus fragmenté. Si les chiffres globaux suggèrent un ralentissement significatif, la réalité est plus nuancée. Les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes économies, connaissent un refroidissement important. En Chine, la chute de 70 % de l'investissement dans les énergies propres par rapport aux niveaux de 2023 reflète une correction naturelle du marché après une période de surinvestissement massif, couplée à un ralentissement de la croissance économique.
Aux États-Unis, le recul est davantage dicté par les politiques. L'abrogation de l'Inflation Reduction Act et l'imposition de tarifs douaniers sur les chaînes d'approvisionnement en énergie propre sous l'administration Trump ont créé une incertitude considérable. Les entreprises chinoises ont annulé environ 2,8 milliards de dollars de projets de fabrication prévus aux États-Unis au cours de la seule année écoulée, selon Semafor.
Les Marchés Émergents Accélèrent
En net contraste avec le ralentissement aux États-Unis et en Chine, de nombreuses économies émergentes augmentent leurs investissements dans les énergies propres. La crise énergétique actuelle, exacerbée par la guerre en Iran, a fait grimper en flèche les prix du pétrole et du gaz. Par exemple, le prix du panier de brut de l'Inde est passé de 69 dollars le baril en février à plus de 113 dollars en mars.
Cette volatilité des prix a rendu l'argument en faveur des énergies renouvelables domestiques plus convaincant que jamais. Les pays se tournent de plus en plus vers l'énergie éolienne et solaire domestique en tant que source d'énergie moins chère et plus fiable, immunisée contre les points de passage géopolitiques comme le détroit d'Ormuz. L'Inde, par exemple, a abordé la crise en tirant déjà plus de 50 % de sa capacité électrique installée de sources non fossiles, ce qui a donné à ses décideurs politiques plus de flexibilité pour gérer le choc énergétique.
Une Réévaluation du Risque
La crise actuelle force une réévaluation fondamentale du risque dans le secteur de l'énergie. Pendant des années, le système des combustibles fossiles était considéré comme l'option par défaut stable, malgré ses vulnérabilités connues. Cette hypothèse est désormais remise en question.
Les investisseurs commencent à évaluer les infrastructures d'énergie propre non seulement pour leurs avantages climatiques ou leur compétitivité en termes de coûts, mais aussi pour leur contribution à la sécurité énergétique et à la résilience. Comme le note une analyse, le système des combustibles fossiles n'est plus le point de référence stable qu'on supposait. Ce changement de perspective modifie la manière dont le risque est évalué et pourrait débloquer des capitaux importants pour des projets d'énergie propre dans des régions auparavant considérées comme trop risquées. La question pour les investisseurs n'est plus de savoir si la transition énergétique aura lieu, mais comment naviguer sur les chemins de plus en plus divergents du marché solaire mondial.
Cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.