Stellantis NV envisage de fabriquer des véhicules électriques au Canada avec son partenaire chinois Zhejiang Leapmotor, une initiative qui pourrait transformer la production automobile en Amérique du Nord mais risque de provoquer des tarifs douaniers américains.
Stellantis NV est en phase de discussions préliminaires pour construire des véhicules électriques au Canada avec son partenaire chinois Zhejiang Leapmotor Technology Co. Ce pivot stratégique s'appuie sur la coentreprise créée en 2023 pour naviguer dans les tensions commerciales transpacifiques et utiliser une usine canadienne actuellement à l'arrêt. Ces discussions, bien qu'encore à un stade embryonnaire, pourraient constituer le premier investissement automobile chinois majeur au Canada depuis que les deux pays ont convenu en janvier de réduire les droits de douane sur les VE fabriqués en Chine.
« Nous menons des discussions actives avec les représentants du gouvernement et les principales parties prenantes pour nous assurer que les conditions de réussite sont réunies afin de soutenir la poursuite des investissements au Canada », a déclaré Stellantis dans un communiqué, sans mentionner directement Leapmotor. La ministre canadienne de l'Industrie, Mélanie Joly, a confirmé que les échanges se poursuivent, soulignant que tout nouvel investissement doit privilégier la chaîne d'approvisionnement et la main-d'œuvre canadiennes.
Les discussions se concentrent sur l'usine d'assemblage de Stellantis à Brampton, en Ontario, mise à l'arrêt en 2024. Ce mouvement fait suite à une transaction de 1,6 milliard de dollars par laquelle Stellantis a acquis une participation de 21 % dans Leapmotor et formé une coentreprise contrôlée à 51 %, Leapmotor International, pour fabriquer et vendre des voitures Leapmotor hors de Chine.
Ce partenariat potentiel place Stellantis et le Canada dans une position précaire, coincés entre un accord Canada-Chine de janvier 2026 visant à abaisser les tarifs sur les VE et les avertissements de Washington, qui refuse que le Canada devienne une « porte dérobée » pour les véhicules chinois sur le marché américain.
L'avenir litigieux d'une usine
L'usine d'assemblage de Brampton est un point de friction entre Stellantis et le gouvernement canadien. Le site devait initialement être réoutillé pour produire un nouveau SUV Jeep en 2025. Cependant, Stellantis a suspendu ce projet et transféré la production vers un site dans l'Illinois après que l'ancien président américain Donald Trump a imposé des tarifs sur les produits canadiens.
Cette décision a poussé le gouvernement canadien à menacer d'une action en justice pour récupérer plusieurs millions de dollars de subventions précédemment accordées au constructeur en échange de son engagement à maintenir sa présence industrielle au Canada. Les deux parties ont entamé des procédures de règlement des différends en novembre pour relancer la production dans l'usine, la collaboration avec Leapmotor apparaissant désormais comme une solution potentielle.
Naviguer dans les tensions géopolitiques
La proposition de construire des VE de conception chinoise au Canada est une manœuvre stratégique pour atténuer l'impact des tarifs douaniers et réduire la dépendance aux exportations directes de Chine. En co-produisant des véhicules en Amérique du Nord, Stellantis pourrait potentiellement servir les marchés canadien et américain, bien que cela dépende de la capacité à jongler avec des règles commerciales complexes et à éviter les mesures punitives de Washington.
Les responsables du gouvernement américain ont averti Ottawa à plusieurs reprises qu'elle pourrait faire l'objet de représailles si le Canada servait de base de transit pour l'entrée des véhicules chinois aux États-Unis. On ignore encore quelles conditions pourraient être imposées à une entreprise commune Stellantis-Leapmotor au Canada pour apaiser les craintes américaines, ce qui souligne les risques géopolitiques significatifs liés à ces discussions préliminaires.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.