Volkswagen orchestre la restructuration la plus profonde de ses 89 ans d'histoire, visant 100 000 suppressions d'emplois et la fermeture de quatre usines en Allemagne alors qu'elle fait face au coût de sa transition vers l'électrique.
Volkswagen prévoit de supprimer jusqu'à 100 000 emplois dans le monde et de fermer quatre usines allemandes, a rapporté vendredi Manager Magazin, dans ce qui constituerait la restructuration la plus profonde jamais entreprise par le plus grand constructeur automobile européen.
« Le groupe a besoin d'une refonte fondamentale pour rester compétitif à l'ère des véhicules électriques », a rapporté le magazine, citant des sources proches des plans élaborés par le directeur général Oliver Blume et le directeur financier Arno Antlitz.
Les suppressions d'emplois, équivalant à environ 14 % des effectifs mondiaux de Volkswagen, soit environ 677 000 personnes, seraient étalées sur plusieurs années. L'entreprise prévoit également de réduire ses dépenses d'investissement d'environ 15 % pour atteindre un peu plus de 130 milliards d'euros (148 milliards de dollars) au cours des cinq prochaines années. La production sur les quatre sites allemands — Hanovre, Zwickau, Emden et l'usine d'Audi à Neckarsulm — cesserait à mesure que les modèles de véhicules actuels seront progressivement abandonnés.
Cette restructuration souligne la pression croissante exercée sur les constructeurs automobiles traditionnels pour réduire leurs coûts alors qu'ils investissent des milliards dans l'électrification tout en faisant face à une concurrence de plus en plus vive de la part de Tesla Inc. et du chinois BYD Co. La fermeture d'usines en Allemagne, où Volkswagen emploie environ 295 000 personnes, pourrait déclencher une réaction politique dans un pays déjà confronté à des préoccupations de compétitivité industrielle.
Scission des activités principales
Selon le plan de restructuration, la marque principale Volkswagen et ses activités de fabrication de pièces détachées seraient scindées de la structure actuelle du groupe et intégrées dans des entités juridiques distinctes, a rapporté le magazine. Cette mesure donnerait à chaque unité opérationnelle une plus grande indépendance et la capacité de poursuivre ses propres décisions de financement et stratégiques.
La réorganisation redessine en effet les frontières corporatives de Volkswagen, séparant la marque grand public VW et l'activité composants de la structure de holding du groupe. La marque VW a longtemps souffert de marges plus faibles que ses concurrents haut de gamme comme BMW AG et Mercedes-Benz Group AG, pénalisée par les coûts élevés de la main-d'œuvre allemande et l'énorme investissement nécessaire à la transition vers l'électrique.
Les fermetures d'usines frappent le pôle de production de véhicules électriques
Les fermetures prévues ciblent certains des sites de production allemands les plus importants de Volkswagen. L'usine de Zwickau a été convertie au coût d'environ 1,2 milliard d'euros pour devenir la première usine dédiée aux véhicules électriques de Volkswagen, produisant les modèles ID.3, ID.4 et ID.5. L'usine d'Emden est également passée à la production de véhicules électriques ces dernières années. Hanovre construit principalement des véhicules utilitaires, tandis que l'usine d'Audi à Neckarsulm produit des modèles haut de gamme, notamment les A6 et A8.
Ces fermetures représentent un revirement brutal pour le cœur industriel allemand. Volkswagen n'a fermé aucune usine allemande de son histoire moderne, et cette décision marquerait les premières fermetures d'usines majeures par un constructeur automobile allemand depuis la fermeture de l'usine d'Opel à Bochum en 2014.
Volkswagen prévoit par ailleurs de supprimer 19 000 emplois en Allemagne d'ici la fin de cette année, avec un objectif contraignant de plus de 28 000 suppressions d'emplois d'ici 2030, a déclaré le PDG. Les coûts d'usine sur les sites allemands de Volkswagen devraient baisser de plus de 20 % d'ici 2025. La société a refusé de commenter les informations de Manager Magazin.
Pour les investisseurs, cette restructuration soulève des questions sur la capacité de Volkswagen à financer sa transition vers l'électrique tout en réduisant sa base de coûts. La gamme de véhicules électriques de l'entreprise peine à gagner du terrain en Chine, son plus grand marché, où des rivaux locaux comme BYD et Nio Inc. ont conquis des parts de marché avec des modèles moins chers. Les actions de Volkswagen se négocient à environ 4 fois les bénéfices futurs, une décote par rapport à Tesla à 65 fois et BYD à 18 fois, reflétant le scepticisme du marché quant à l'exécution du plan de redressement.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.